novembre 2019

Un sujet d’actualité : le communautarisme

Dans les actualités, nous entendons le vilain terme de «communautarisme» chez les commentateurs, les journalistes, les universitaires. De nombreux articles se sont emparés du sujet. Son emploi s’est multiplié surtout depuis les attentats de New-York du 11 septembre 2001. Cependant, sa définition est incertaine et peu en sont d’accord sur les termes, ce qui donne le plus souvent des dialogues de sourds lors des débats à la télévision. Si l’on entend des journalistes ou des hommes politiques s’inquiéter du communautarisme musulman, ce sont aussi les mêmes qui ont laissé prospérer par pusillanimité ou opportunisme d’autres communautés d’un autre genre qui ont toutes la particularité d’être minoritaires mais ont réussi par un tour de force à imposer leur point de vue à la majorité. L’enjeu est bien sûr la fragmentation de la société qui est déjà en cours, chaque communauté cherchant à imposer ses propres conceptions à l’ensemble qui en subit les conséquences. Qu’en est-il alors de l’Eglise, communauté de croyants ? Est-ce que nous participons aussi à ce communautarisme parce que nous appartenons à la communauté catholique ? Au rite du baptême, le prêtre demande aux parents : « Que demandez-vous à l’Eglise ? » Ils répondent « la foi ». Avec parrain et marraine, ils professeront la foi de l’Eglise, le Symbole des Apôtres et non pas un texte arrangé ou inventé par eux. Ils mettront dans leur bouche et dans leur coeur pour le bien de leur enfant, le credo dont la profession de foi est celle de l’Eglise, la communauté des chrétiens. Depuis Jésus, le salut par le baptême a toujours été considéré comme une réalité non seulement individuelle mais aussi communautaire autour de la confession de foi au Christ, Fils de Dieu, mort et ressuscité pour nous. A l’opposé, le péché est compris comme la destruction de l’unité du genre humain, sa fragmentation et sa division : Babel, lieu de confusion, de séparation et de violence. Le catholique ne revendique pas des biens particuliers, propres à la communauté catholique. Il sait que son bien individuel est inférieur à un bien supérieur qui est lié à la vie en société : le bien commun. C’est le bien de l’homme en son entier (corps, esprit et nature) et qui est pour tous les hommes. L’exigence de la justice et de la charité qui est de vouloir le bien commun l’oblige à des choix qui sont de renoncer parfois à son intérêt particulier. Il aimera d’autant plus efficacement son prochain qu’il travaillera davantage en faveur de ce bien commun qui répond également à ses besoins réels. Il exercera son métier ou fondera une famille, non seulement pour sa satisfaction individuelle mais surtout pour édifier la cité des hommes. Tout baptisé est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et ses possibilités, au service de la communauté familiale, nationale et, vu le monde globalisé actuel, au service de la grande famille humaine. Ainsi, quand elle est inspirée par l’amour de Dieu, l’action du chrétien contribue à l’élaboration de la Cité de Dieu vers laquelle avance l’histoire de notre humanité.

Non, l’appartenance à la communauté catholique n’a rien à voir avec le communautarisme.

 

P. Dominique

P. Dominique Blot

octobre 2019

« A quoi sert l’Eglise ? »

Nous venons de fêter Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, ce premier octobre. Comment ne pas nous souvenir de la découverte bouleversante que fit la petite sainte normande lorsqu’elle trouva sa place dans l’Église. Il ne lui restait plus qu’une année à vivre. Elle avait un tel amour de Dieu qu’elle aurait voulu être toutes les vocations à la fois, ce qui était impossible : « Considérant le corps mystique de l’Église, je ne m’étais reconnue dans aucun des membres décrits par Saint Paul, ou plutôt je voulais me reconnaître en tous… La Charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église avait un coeur…ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’amour ! » Or un des deux termes importants de cette découverte est le mot « vocation ».

Qu’est-ce que l’Église ? Elle est un peuple convoqué et rassemblé par le Seigneur pour répondre à l’appel (vocatio) de l’amour de Dieu. Les états de vie dans l’Église sont tous des réponses à l’appel universel de communiquer l’amour du Père révélé par le Christ. L’origine de l’Église est en Dieu.

L’Église n’est pas la résultante de désirs ou de projets humains pour accomplir un but déterminé, social ou philanthropique. Elle n’est pas une start-up, une association loi 1901, une sorte d’ONU chrétienne… En fait, elle n’a pas été instituée par les hommes. Elle a été instituée par le Christ. C’est ce qui la rend si singulière et en agace beaucoup. Car le coeur de l’Église dont parle Ste Thérèse n’est pas d’abord chez les hommes mais en Dieu. Certains (même en son sein) aimeraient bien la faire disparaître ou bien la changer de telle manière qu’elle ne les gêne plus et qu’elle obéisse enfin aux injonctions de ce monde-ci. D’ailleurs, ce dernier accepte de garder les apparences les plus doucereuses du christianisme (ça fait bien) à la condition expresse que Dieu soit limité et fini aux seuls horizons humains où, grâce à un jeu de miroirs illusoire, l’homme s’adore lui-même comme un petit dieu. Dieu sans la religion (ou sans l’Eglise) ou Dieu avec une religion et une église à la petite mesure de l’homme, l’un comme l’autre sont des manipulations où Dieu devient finalement un exclu, un oublié.

Mystère de foi, l’Église est en même temps une réalité humaine. Vivant de l’Esprit de Dieu, elle est visible aux yeux des hommes. Le Christ l’a pourvue d’institutions qui sont liées à sa nature même, comme l’Ecriture Sainte, les sacrements, les ministères ordonnés. Sa vitalité dépend aussi de la manière dont les chrétiens vivent leur appartenance au Christ et à l’Église. Elle subit la trahison et les vicissitudes des péchés de ses membres et elle est lumineuse des actes d’amour de ses enfants. Corps du Christ, Peuple de Dieu, elle n’est pas une société close sur elle-même. Elle est comme un sacrement, car, en se faisant messagère de l’amour de Dieu, elle permet à chacun d’avoir accès à la source même du salut : le coeur du Christ qui ne fait qu’un avec celui de l’Église, son épouse, dans lequel Ste Thérèse de l’Enfant Jésus avait trouvé pour l’éternité la place et l’amour qu’elle désirait tant.

P. Dominique Blot


septembre 2019

« Résister au krach spirituel de notre temps »

En cette rentrée paroissiale, vous sont proposés des moyens pour résister à l’atrophie spirituelle propre à notre temps et qui contamine aussi les chrétiens, s’ils n’y prennent pas garde. Beaucoup d’entre vous ont une vie de foi qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Voilà pourquoi des moyens vous sont proposés pour trouver des éclaircissements qui viennent de l’Esprit-Saint, de l’immense tradition spirituelle de l’Eglise mais aussi de la communauté paroissiale car nous devons nous aider les uns les autres.

Cette année, vous est proposé L’atelier des saints ordinaires. Bon nombre d’interrogations viennent d’un combat (parfois éprouvant) entre la vie quotidienne du chrétien et sa vie de foi. L’atelier des saints ordinaires veut être une réponse, dans l’Esprit Saint, pour que chacun redécouvre la grâce qui lui est propre et trouve des réponses à des problèmes concrets de la vie de tous les jours. Ensuite, une session Evangile et Peinture est organisée pour découvrir que chacun est capable d’exprimer le mystère de la rencontre de Dieu avec l’homme dans les scènes évangéliques. Enfin, une formation sur la spiritualité salésienne sera donnée : Saint François de Sales est le premier à avoir, en nos temps modernes, enseigné une spiritualité du laïcat car la vie spirituelle est pour tous et n’est pas réservée à des seuls initiés. Saint Vincent de Paul l’avait bien compris, lui qui demandait aux premières Dames de la Charité de lire l’oeuvre de son ami, l’« Introduction à la vie dévote ».

Le chrétien ne peut pas vivre et penser selon les codes de la culture dominante actuelle. « La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien ne pourra lui être comparé. » prophétisait C. Baudelaire, en 1908. Actuellement, toutes les crises éclatent simultanément – culturelle, environnementale, économique, politique, morale, spirituelle – et nos

contemporains ne savent plus à qui s’adresser, à qui faire confiance, parce qu’ils ont perdu foi en Dieu et dans la vérité, alors qu’ils jouissent de facilités matérielles dont n’auraient pas même pas rêvé nos anciens. Quel paradoxe ! La culture actuelle veut aseptiser nos consciences. L’exploitation et la manipulation outrancière du vivant deviennent une chose communément admise. La PMA pour engendrer des enfants sans père va être légalisée sans troubler autrement des esprits narcissiques qui ne voient pas au-delà de leur petit « bien-être ».

Le christianisme, c’est-à-dire le Christ, reste un guide sûr pour chacun et au-delà pour la société. Il nous apprendra toujours à passer d’une vie sous le regard des codes culturels actuels à une vie sous le regard de Dieu. Jamais la tentation est aussi grande de s’évader, de se divertir, de se mentir à soi-même. Le Christ nous éclaire au contraire sur notre responsabilité individuelle et collective à bien cerner le mal à l’oeuvre et à redonner à l’homme sa véritable dignité. L’homme est grand quand il sait reconnaître sa misère devant le Dieu miséricordieux, qu’il ne peut pas tout et qu’il doit accueillir la grâce du salut qui le libère de ses chimères.

P. Dominique Blot


juillet 2019

« L’été, le temps de l’amitié »

Nous aspirons tous, au cours de l’été, à vivre un temps différent, un temps de repos au cours duquel nous voulons vivre autrement avec nos proches. La période de l’été est celle où nous aimons nous retrouver en famille et entre amis. Nous rêvons tous de belles soirées dans le jardin à converser autour d’une bonne table ou d’un bon verre de vin ou de bière, temps où nous aurons fait l’effort de fermer portable, télévision, réseaux sociaux, enfin tout ce qui nous empêche d’avoir des relations vraies et simples.

Tous les saints ont développé des amitiés durables. Les exemples sont à foison, à commencer par notre saint local préféré, saint Vincent de Paul qui va lier une amitié profonde avec saint François de Sales, évêque de Genève. La première rencontre entre les deux hommes sera le 11 novembre 1618, près d’un an après le départ de monsieur Vincent de Châtillon-les-Dombes et elle lui apporta tellement qu’il put écrire dans une de ses lettres : « Seigneur, que vous êtes bon puisqu’en monseigneur François de Sales, votre créature, il y a tant de douceur. » En fait, Vincent de Paul connaissait depuis bien des années le livre de François de Sales, déjà un best-seller pour l’époque, l’introduction à la vie dévote dont la lecture figurait dans le règlement de la première confrérie de Charité fondée à Châtillon. Dès les premiers mots échangés, Vincent découvrit que François de Sales vivait ce qu’il avait écrit. La complicité spirituelle entre les deux hommes n’en fut que plus grande. Cela vérifie une loi toute simple : une amitié qui fait grandir l’âme est vraie lorsqu’elle fait découvrir une possibilité nouvelle de devenir meilleur au contact de l’autre.

François de Sales discerne nettement l’amitié de convoitise et l’amitié de bienveillance. La première, il l’appelle encore amitié vaine ou mondaine. Elle est faite de paroles emmiellées et de regards affectés et notre auteur d’ajouter : Cette amitié mondaine trouble le jugement, en sorte que ceux qui en sont atteints pensent bien faire en mal faisant. C’est un amour de paille. Elle est même ennemie de Dieu. La véritable amitié, saint Paul l’appelle le lien de la perfection. Elle est éternelle. Par exemple, la mort va rompre tous les liens entre les époux, sauf leur amitié qui est éternelle car Dieu en est son fondement. Pour le chrétien, elle vise à conduire l’autre au Ciel, c’est-à-dire à lui faire découvrir qu’il est créé pour Dieu et le bonheur. Elle communique une espérance et une sagesse. Elle ne connaît pas la jalousie et se réjouit des joies de l’autre. Elle ignore la séparation mais elle est cependant une recherche mutuelle de présence. Voilà pourquoi il faut profiter de l’été pour entretenir l’amitié dans la gratuité du temps donné, l’amitié avec Dieu, l’amitié avec nos amis.

Le secret de la vie chrétienne est une amitié avec le Christ. Je ne vous appelle plus serviteurs mais mes amis. L’amitié dépend des efforts pour être disponible à l’autre. Quels sont ceux que je vais mettre en oeuvre pour être disponible à ceux qui sont mes amis, le Christ en premier ? C’est un vrai choix de vie.

P. Dominique Blot