septembre 2019

« Résister au krach spirituel de notre temps »

En cette rentrée paroissiale, vous sont proposés des moyens pour résister à l’atrophie spirituelle propre à notre temps et qui contamine aussi les chrétiens, s’ils n’y prennent pas garde. Beaucoup d’entre vous ont une vie de foi qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Voilà pourquoi des moyens vous sont proposés pour trouver des éclaircissements qui viennent de l’Esprit-Saint, de l’immense tradition spirituelle de l’Eglise mais aussi de la communauté paroissiale car nous devons nous aider les uns les autres.

Cette année, vous est proposé L’atelier des saints ordinaires. Bon nombre d’interrogations viennent d’un combat (parfois éprouvant) entre la vie quotidienne du chrétien et sa vie de foi. L’atelier des saints ordinaires veut être une réponse, dans l’Esprit Saint, pour que chacun redécouvre la grâce qui lui est propre et trouve des réponses à des problèmes concrets de la vie de tous les jours. Ensuite, une session Evangile et Peinture est organisée pour découvrir que chacun est capable d’exprimer le mystère de la rencontre de Dieu avec l’homme dans les scènes évangéliques. Enfin, une formation sur la spiritualité salésienne sera donnée : Saint François de Sales est le premier à avoir, en nos temps modernes, enseigné une spiritualité du laïcat car la vie spirituelle est pour tous et n’est pas réservée à des seuls initiés. Saint Vincent de Paul l’avait bien compris, lui qui demandait aux premières Dames de la Charité de lire l’oeuvre de son ami, l’« Introduction à la vie dévote ».

Le chrétien ne peut pas vivre et penser selon les codes de la culture dominante actuelle. « La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien ne pourra lui être comparé. » prophétisait C. Baudelaire, en 1908. Actuellement, toutes les crises éclatent simultanément – culturelle, environnementale, économique, politique, morale, spirituelle – et nos

contemporains ne savent plus à qui s’adresser, à qui faire confiance, parce qu’ils ont perdu foi en Dieu et dans la vérité, alors qu’ils jouissent de facilités matérielles dont n’auraient pas même pas rêvé nos anciens. Quel paradoxe ! La culture actuelle veut aseptiser nos consciences. L’exploitation et la manipulation outrancière du vivant deviennent une chose communément admise. La PMA pour engendrer des enfants sans père va être légalisée sans troubler autrement des esprits narcissiques qui ne voient pas au-delà de leur petit « bien-être ».

Le christianisme, c’est-à-dire le Christ, reste un guide sûr pour chacun et au-delà pour la société. Il nous apprendra toujours à passer d’une vie sous le regard des codes culturels actuels à une vie sous le regard de Dieu. Jamais la tentation est aussi grande de s’évader, de se divertir, de se mentir à soi-même. Le Christ nous éclaire au contraire sur notre responsabilité individuelle et collective à bien cerner le mal à l’oeuvre et à redonner à l’homme sa véritable dignité. L’homme est grand quand il sait reconnaître sa misère devant le Dieu miséricordieux, qu’il ne peut pas tout et qu’il doit accueillir la grâce du salut qui le libère de ses chimères.

P. Dominique Blot


juillet 2019

« L’été, le temps de l’amitié »

Nous aspirons tous, au cours de l’été, à vivre un temps différent, un temps de repos au cours duquel nous voulons vivre autrement avec nos proches. La période de l’été est celle où nous aimons nous retrouver en famille et entre amis. Nous rêvons tous de belles soirées dans le jardin à converser autour d’une bonne table ou d’un bon verre de vin ou de bière, temps où nous aurons fait l’effort de fermer portable, télévision, réseaux sociaux, enfin tout ce qui nous empêche d’avoir des relations vraies et simples.

Tous les saints ont développé des amitiés durables. Les exemples sont à foison, à commencer par notre saint local préféré, saint Vincent de Paul qui va lier une amitié profonde avec saint François de Sales, évêque de Genève. La première rencontre entre les deux hommes sera le 11 novembre 1618, près d’un an après le départ de monsieur Vincent de Châtillon-les-Dombes et elle lui apporta tellement qu’il put écrire dans une de ses lettres : « Seigneur, que vous êtes bon puisqu’en monseigneur François de Sales, votre créature, il y a tant de douceur. » En fait, Vincent de Paul connaissait depuis bien des années le livre de François de Sales, déjà un best-seller pour l’époque, l’introduction à la vie dévote dont la lecture figurait dans le règlement de la première confrérie de Charité fondée à Châtillon. Dès les premiers mots échangés, Vincent découvrit que François de Sales vivait ce qu’il avait écrit. La complicité spirituelle entre les deux hommes n’en fut que plus grande. Cela vérifie une loi toute simple : une amitié qui fait grandir l’âme est vraie lorsqu’elle fait découvrir une possibilité nouvelle de devenir meilleur au contact de l’autre.

François de Sales discerne nettement l’amitié de convoitise et l’amitié de bienveillance. La première, il l’appelle encore amitié vaine ou mondaine. Elle est faite de paroles emmiellées et de regards affectés et notre auteur d’ajouter : Cette amitié mondaine trouble le jugement, en sorte que ceux qui en sont atteints pensent bien faire en mal faisant. C’est un amour de paille. Elle est même ennemie de Dieu. La véritable amitié, saint Paul l’appelle le lien de la perfection. Elle est éternelle. Par exemple, la mort va rompre tous les liens entre les époux, sauf leur amitié qui est éternelle car Dieu en est son fondement. Pour le chrétien, elle vise à conduire l’autre au Ciel, c’est-à-dire à lui faire découvrir qu’il est créé pour Dieu et le bonheur. Elle communique une espérance et une sagesse. Elle ne connaît pas la jalousie et se réjouit des joies de l’autre. Elle ignore la séparation mais elle est cependant une recherche mutuelle de présence. Voilà pourquoi il faut profiter de l’été pour entretenir l’amitié dans la gratuité du temps donné, l’amitié avec Dieu, l’amitié avec nos amis.

Le secret de la vie chrétienne est une amitié avec le Christ. Je ne vous appelle plus serviteurs mais mes amis. L’amitié dépend des efforts pour être disponible à l’autre. Quels sont ceux que je vais mettre en oeuvre pour être disponible à ceux qui sont mes amis, le Christ en premier ? C’est un vrai choix de vie.

P. Dominique Blot