Septembre 2020

« Les hommes, à son image, Il les a créés. » (Sirac, 17,3)

La culture ambiante a du mal à situer l’homme dans l’échelle des êtres. Comme elle refuse de le placer face à son Créateur, elle prend alors son repère sur ce qui semble le plus proche de lui : l’animal. Là, deux conceptions actuelles s’affrontent : le trans-humanisme et l’animalisme. Toutes deux, d’origine athée, bénéficient de lobbies colossaux qui influent sur les décisions qui concernent notre avenir. Un seul exemple le montre : la dernière loi de bio-éthique, votée en première lecture, permet la création de chimères animal-homme et autorise le transfert de l’embryon chimérique chez la femelle. Les raisons en sont purement d’ordre pratique en ouvrant un champ d'expérimentation et de rentabilité financière inédit. La barrière naturelle entre les espèces est rompue.

Le trans-humanisme se reconnaît à l’expression « depuis toujours ». Depuis toujours, l’être humain est dépendant de sa condition où la nature l’a mis. L’homme est depuis trop longtemps un animal. Il faut le libérer de l’animalité qui lui est propre : la naissance, les maladies, les infirmités, le vieillissement, la mort. Il ne s’agit pas d’une libération politique, celle-ci a vécu. Mais d’une libération technique et scientifique pour satisfaire le seul désir individuel de vivre à tout prix. On parle ainsi de « post-humain » dont les fonctions vitales seront assurées non plus par les organes naturels mais par des prothèses artificielles au rendement illimité ou par des prothèses issues de ces chimères autorisées par la loi pré-citée. Dans cette folie du « toujours plus », le « post-humain » n’en aura jamais assez et ne vivra jamais assez longtemps pour voir la réalisation de ses caprices.

L’animalisme, lui, est un mouvement très bien organisé, parfois appuyé par des organisations violentes. Le véganisme en fait partie. C’est une idéologie qui attire beaucoup ceux qui sont en mal de combat politique. Il considère que l’homme est un prédateur. Pour faire court, les animaux subissent la loi des hommes. Il faut les en délivrer. Un jour, l’élevage de poulets et de canards sera aussi haï que l’esclavage. On parle de « libération animale » comme on discutait naguère de « libération des peuples ». Le chien n’est plus le meilleur ami de l’homme, c’est son esclave le plus docile. Il faut fonder une nouvelle communauté politique où animaux et hommes seront libres et égaux. Ainsi, les animaux bénéficieront du statut juridique de la personne.

Le refus qu’il existe une nature humaine entraîne de grandes confusions qu’il serait trop long ici de décrire. Souvent avec emphase, beaucoup parlent de dignité humaine mais refusent dans le même temps de reconnaître qu’il existe une nature humaine. Or ils sont incapables de justifier le fondement de cette dignité de l’homme. Ne tombons pas dans la tentation d’abaisser notre propre nature ni dans celle de faire de nous des dieux immortels. L’homme n’est pas un être étranger parmi les êtres naturels, encore moins vis-à-vis de Dieu. C’est dans le face à face avec Lui que nous découvrons qui nous sommes. C’est Lui qui nous situe exactement là où nous devons être.

P. Dominique Blot

juillet 2020

L’enfant-objet

En février 2020, le Sénat a adopté le projet de loi bioéthique qui ouvre la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes. Il va maintenant retourner en seconde lecture devant l’Assemblée Nationale. Il s’agit de la seconde phase d’une nouvelle législation qui a commencé par la loi sur le mariage (pour tous) (I) pour finir plus tard par l’euthanasie (pour tous) (III). Elle concerne ici la loi sur la filiation, sur le droit à l’enfant (pour tous) (II). Ainsi, se met en place un corpus législatif qui légifère, en trois moments, des changements de société profonds et durables dont on ne mesure pas encore les conséquences dans les familles et la psychologie de l’enfant.

Jusqu’à présent, sauf en cas d’adoption, les père et mère de l’enfant étaient à la fois géniteurs et éducateurs selon une complémentarité biologique, psychologique et morale des parents. Or, en introduisant la P.M.A. comme moyen normal et non plus exceptionnel de génération, interviennent dans la venue d’un enfant au monde de multiples acteurs : le bénéficiaire de l’enfant, le donneur de gamète, les différents intervenants médicaux (5 phases de techniques de laboratoire et médicales sont nécessaires). La Gestation Pour Autrui dont on parle de plus en plus en ajoute encore une : la mère porteuse. Le législateur, conscient de la multiplicité des intervenants, décide, de manière autoritaire : « En rien, un donneur de gamètes n’est un père ». La notion de « père » est vidée de son sens puisque « la fonction de père peut être remplie par une femme ou toute autre altérité » (On se demande laquelle). Ce n’est pas le christianisme qui a inventé l’altérité entre le père et la mère ou la famille. Elle existait avant lui, comme une donnée de la nature. Mais il a toujours vu dans la filiation biologique la garante de la protection de l’enfant, de sa croissance et de son éducation humaine.

L’enfant conçu, dans les conditions nouvelles de la loi, ne peut plus se considérer, dans sa chair, l’enfant naturel de ceux qui l’éduquent. Il est d’abord un produit fabriqué. Il est inséminé selon un acte technique et anonyme qui veut remplacer l’acte conjugal des parents qui n’est plus le fondement existentiel de l’enfant. Il est sélectionné selon des critères, les enfants malformés ou présupposés tels étant mis au rebut. En fait, dans sa venue à l’existence, il est le fils ou la fille de personne, selon l’esprit de la nouvelle loi. Le lien juridique qui le lie à son « éducateur » devient purement immatériel et ne pourrait ne tenir qu’à un fil bien ténu.

Les nouvelles lois de bioéthiques entraînent une dissolution de la parentalité complémentaire du père et de la mère et aussi celle du lien filial de l’enfant avec ceux qui l’ont engendré. Mais une relation plus profonde est niée : celle du lien paternel que Dieu entretient avec chaque être humain. L’aspiration profonde à la vie viendra toujours de Dieu. Un jour, ces enfants se tourneront vers leurs soi-disant parents et se révolteront de multiples manières en leur criant : « Mais qu’as-tu fait de ma vie ? Tu croyais qu’elle t’appartenait ? Je ne serai jamais le produit de ton imagination et d’une biotechnique. Je vaux bien plus que cela. »

P. Dominique Blot

mars 2020

« Miséricorde divine n’est pas tolérance »

« Dieu riche en miséricorde », c’est ainsi que, pendant ce temps qui nous mène à Pâques, nous redécouvrons dans le Christ le vrai visage de Dieu. En effet, alors que nous allons célébrer les jours saints, le Mystère Pascal révèle à l’homme qui il est : Aimé à tel point que le Père a donné son Fils pour lui jusque dans la mort. Aimé à tel point que Dieu lui a donné la vie par la Résurrection de son Fils. La miséricorde est une dimension si essentielle du message évangélique que l’évangile de Luc s’appelle « l’Evangile de la Miséricorde » car nous y trouvons les plus belles paraboles de Jésus sur l’amour miséricordieux. Faisons deux remarques.

La première est que la Miséricorde est indissociable de la Vie du Christ ressuscité. C’est l’évènement historique de la Résurrection qui est le point de départ de la diffusion de la miséricorde de Dieu dans l’humanité. La miséricorde de Dieu est la vie du Christ ressuscité qui pardonne, transforme, crée la Vie Nouvelle et Eternelle ouverte à tous et à chacun. Vivre du Christ Ressuscité, c’est vivre d’une manière nouvelle en abandonnant des états de péché qui rendent esclave et mettent dans l’illusion d’un faux bonheur.

La seconde est que la miséricorde est un discernement. La Croix du Christ est une révélation radicale de la miséricorde de Dieu et opère une distinction toute miséricordieuse entre le péché et le pécheur. L’un et l’autre ne sont pas identiques. Se révèle alors la justice éclatante de Dieu : le péché est vaincu mais l’homme pécheur est sauvé. Le péché, toujours intolérable aux yeux de Dieu, n’a pas le dernier mot. Au contraire, paradoxalement, en étant vaincu, il met en lumière l’amour infini de Dieu pour chaque personne, aussi pécheresse soit-elle.

La miséricorde n’est donc pas d’abord une notion humaine mais une notion toute divine qui nous apprend à faire la distinction entre le pécheur et le péché. C’est vrai pour soi : Dieu m’aime d’un grand amour malgré mon péché. Je peux obtenir la vie du Christ ressuscité (la grâce) si moi-même je demande à Dieu de me séparer de mon péché (sacrement de la confession). En fait, nous le désirons tous. Mais nous avons tant de mal à le faire ! C’est vrai pour le prochain : Dieu m’apprend à séparer en lui d’une part celui que Dieu aime en le respectant et d’autre part son péché. Et je le ferai d’autant plus que moi-même je suis pécheur !

Il est cependant courant de penser qu’« être miséricordieux » signifie tolérer ou accepter telle ou telle situation née du péché de l’un ou de l’autre. C’est retourner le sens même de la miséricorde divine qui ne supporte pas l’injustice. Il y a des états de vie, des parjures, des vols, des trahisons qui créent de l’injustice et des souffrances dans les couples, les familles, les mondes politique et économique et que la miséricorde de Dieu ne pourra jamais tolérer. Pour le comprendre, relisons les prophètes de l’Ancien Testament. La miséricorde divine invite chacun à pardonner très généreusement, mais cela n’implique aucunement une tolérance envers le mal, le scandale, le tort causé ou les offenses. Alors soyons miséricordieux mais non pas pour accepter le mal mais pour changer ce monde avec le Christ.

P. Dominique Blot

février 2020

« Il a brisé le mur de la haine »

L’armée française va renforcer de 600 hommes son contingent militaire qui est déjà de 4500 soldats aux confins du Sahel, une ligne à multiples fractures sur lesquelles l’islamisme met le sel de sa violence comme sur une plaie ouverte pour que le sang coule davantage et que les divisions deviennent irréversibles. Cette région peut nous paraître loin mais ne sentons-nous pas instinctivement que ces affrontements et ces massacres (1000 morts depuis 2015 et 600 000 réfugiés au Burkina-Faso) concernent aussi notre pays ? Ceux qui sèment la violence veulent créer des situations irréversibles. St Jean Paul II qui avait tant prié pour la Bosnie, pour la fin d’une guerre (1992-1995) qui était alors à notre porte, disait que « sans un horizon spirituel, la paix n’est pas possible ».

 

Savons-nous aussi que sur cette ligne d’affrontement, des paroisses catholiques font face avec courage ? Nous aurons l’occasion pendant le temps du Carême qui s’annonce d’en soutenir une, la paroisse de la petite ville de Diabaly, à 160 km au nord du fleuve du Niger, position avancée de la zone de conflit actuel. C’est en rencontrant le Père Jean Toe, prêtre malien, originaire de Diabaly, que j’ai pris conscience que ces chrétiens maliens étaient les vigies de ce peuple de l’espérance dont aimait parler Jean Paul II. Le P. Jean Toe est chapelain au Sanctuaire d’Ars depuis septembre dernier. Pour mieux comprendre ce qui se passe dans son pays et témoigner de la foi de l’Eglise malienne, je lui ai demandé d’intervenir au cours d’une soirée, le jeudi 12 mars 2020. Le nombre de catholique augmente au Mali. L’église de Diabaly fut saccagée en 2013 par les djihadistes et elle doit être remplacée. Nos dons aideront ces paroissiens à la construire pour que cet horizon spirituel, c’est-à-dire le Christ devienne concrètement le fondement de la paix pour ceux qui vivent à Diabaly.

 

Le temps du Carême est un temps de préparation pour laisser le Seigneur, médecin des âmes, guérir jusqu’à nos fractures les plus intimes, conjugales et familiales. Certains d’entre nous sont très éprouvés par elles. Je me réjouis de voir dans la paroisse des solidarités, des liens profonds qui se tissent entre vous, des groupes plus ou moins informels de prière ou autres qui se forment ou encore des amitiés par lesquelles nous sommes plus forts et persévérants. Elles permettent de nous porter, de partager. Une belle évangélisation est d’ouvrir ces cercles, ces petits groupes à ceux qui sont insatisfaits par l’inertie d’une société dramatiquement égoïste, fragmentée et divisée. Ils frappent à notre porte. Laissez-les entrer, pas seulement dans l’église mais dans vos maisons comme vous laisseriez entrer le Christ lui-même. Méfions-nous de l’entre-soi et je prie pour que votre témoignage sincère et chaleureux les amène à découvrir la Pâque du Seigneur et la beauté de la vie chrétienne. Oui, nous sommes sensibles à toutes ces fractures lointaines ou proches causées par la violence, l’égoïsme des

hommes pécheurs. Non, ces fractures n’auront pas le dernier mot. C’est lui le Christ qui est notre paix. Des deux, le juif et le païen, il en a fait une seule réalité. Par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine.

P. Dominique Blot


décembre 2019

La quête de Dieu

Je ne sais pas si vous connaissez l’histoire du quatrième roi mage car une légende dit qu’ils étaient non pas trois mais en fait quatre. Après avoir vu l’étoile qui annonçait la naissance du Sauveur, Gaspard, Melchior, Balthazar et son jeune frère, Artaban se préparèrent en toute hâte et une magnifique caravane de dromadaires et de chevaux traversa les déserts d’Arabie et les montagnes du pays de Kush. Chacun apportait pour le nouveau-né des cadeaux qui révéleraient qui il est : l’or car il est roi, l’encens car il est Dieu, la myrrhe car il est homme et un saphir, pour la lumière que cet enfant apporterait au monde.

Après avoir déjà fait un long chemin, le jeune Artaban s’aperçut qu’il avait oublié son présent, ce saphir d’une beauté extraordinaire. Maudissant son étourderie, il retourna à son palais pour aller le chercher et parcourut à nouveau le dur chemin déjà fait. Il prit beaucoup de retard. Malheureusement pour lui, l’étoile avait disparu. Mais, courageusement, il continua. C’est alors qu’il approchait de la Terre Sainte qu’il aperçut un homme allongé dans la poussière, malade, fiévreux. « Je vais arriver en retard si je m’occupe de lui, pensa Artaban, mais je ne peux pas le laisser ainsi. » Il lui donna à boire, mit de l’huile sur ses plaies, versa de l’eau fraîche sur son front. Puis il le transporta avec mille précautions jusqu’à la ville la plus proche et demanda à l’aubergiste de le soigner jusqu’à ce qu’il soit guéri, en lui donnant le splendide saphir qui était le cadeau destiné à l’Enfant.

La légende raconte en détail qu’Artaban, arrivé enfin à Bethléem, ne vit pas Jésus mais seulement les soldats d’Hérode. Il ne retourna jamais chez lui mais continua toute sa vie avec bien des péripéties à chercher le Sauveur.

Nous aussi, nous arrivons bien après l’événement de Bethléem.

C’est sur son chemin qu’Artaban a trouvé Jésus en la personne de ce pauvre pèlerin : « Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait ! » C’est sur notre chemin que nous trouverons ceux à qui Jésus s’identifie pour que nous les consolions, et leur apportions la lumière cristalline de la foi, quitte à dévier ou à retarder notre itinéraire initial. Il y a des retards et des détours qui ne sont pas des pertes de temps.

Ensuite, Artaban a poursuivi sa quête sans relâche, dans la foi que ce qu’il cherchait, il le trouverait un jour : « Celui qui aura tout quitté, maison, famille, richesses, pour me suivre, celui-là aura en récompense un trésor dans le ciel et la vie éternelle.» Acceptons que cet Enfant nous interroge et nous invite à chercher Dieu comme une quête de vie.

Un jour viendra la fin du pèlerinage où nous pourrons retrouver et adorer, dans « la maison du Pain » (Bethléem), celui qui comble tout désir et toute faim et nous serons joyeusement surpris d’y retrouver nos rois mages (3 ou 4 à chacun de voir!) et tous ceux qui se seront penchés sur l’Enfant-Jésus avec amour et l’auront reconnu maintes fois sous les traits d’un plus pauvre que lui.

P. Dominique Blot


novembre 2019

Un sujet d’actualité : le communautarisme

Dans les actualités, nous entendons le vilain terme de «communautarisme» chez les commentateurs, les journalistes, les universitaires. De nombreux articles se sont emparés du sujet. Son emploi s’est multiplié surtout depuis les attentats de New-York du 11 septembre 2001. Cependant, sa définition est incertaine et peu en sont d’accord sur les termes, ce qui donne le plus souvent des dialogues de sourds lors des débats à la télévision. Si l’on entend des journalistes ou des hommes politiques s’inquiéter du communautarisme musulman, ce sont aussi les mêmes qui ont laissé prospérer par pusillanimité ou opportunisme d’autres communautés d’un autre genre qui ont toutes la particularité d’être minoritaires mais ont réussi par un tour de force à imposer leur point de vue à la majorité. L’enjeu est bien sûr la fragmentation de la société qui est déjà en cours, chaque communauté cherchant à imposer ses propres conceptions à l’ensemble qui en subit les conséquences. Qu’en est-il alors de l’Eglise, communauté de croyants ? Est-ce que nous participons aussi à ce communautarisme parce que nous appartenons à la communauté catholique ? Au rite du baptême, le prêtre demande aux parents : « Que demandez-vous à l’Eglise ? » Ils répondent « la foi ». Avec parrain et marraine, ils professeront la foi de l’Eglise, le Symbole des Apôtres et non pas un texte arrangé ou inventé par eux. Ils mettront dans leur bouche et dans leur coeur pour le bien de leur enfant, le credo dont la profession de foi est celle de l’Eglise, la communauté des chrétiens. Depuis Jésus, le salut par le baptême a toujours été considéré comme une réalité non seulement individuelle mais aussi communautaire autour de la confession de foi au Christ, Fils de Dieu, mort et ressuscité pour nous. A l’opposé, le péché est compris comme la destruction de l’unité du genre humain, sa fragmentation et sa division : Babel, lieu de confusion, de séparation et de violence. Le catholique ne revendique pas des biens particuliers, propres à la communauté catholique. Il sait que son bien individuel est inférieur à un bien supérieur qui est lié à la vie en société : le bien commun. C’est le bien de l’homme en son entier (corps, esprit et nature) et qui est pour tous les hommes. L’exigence de la justice et de la charité qui est de vouloir le bien commun l’oblige à des choix qui sont de renoncer parfois à son intérêt particulier. Il aimera d’autant plus efficacement son prochain qu’il travaillera davantage en faveur de ce bien commun qui répond également à ses besoins réels. Il exercera son métier ou fondera une famille, non seulement pour sa satisfaction individuelle mais surtout pour édifier la cité des hommes. Tout baptisé est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et ses possibilités, au service de la communauté familiale, nationale et, vu le monde globalisé actuel, au service de la grande famille humaine. Ainsi, quand elle est inspirée par l’amour de Dieu, l’action du chrétien contribue à l’élaboration de la Cité de Dieu vers laquelle avance l’histoire de notre humanité.

Non, l’appartenance à la communauté catholique n’a rien à voir avec le communautarisme.

 

P. Dominique

P. Dominique Blot

octobre 2019

« A quoi sert l’Eglise ? »

Nous venons de fêter Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, ce premier octobre. Comment ne pas nous souvenir de la découverte bouleversante que fit la petite sainte normande lorsqu’elle trouva sa place dans l’Église. Il ne lui restait plus qu’une année à vivre. Elle avait un tel amour de Dieu qu’elle aurait voulu être toutes les vocations à la fois, ce qui était impossible : « Considérant le corps mystique de l’Église, je ne m’étais reconnue dans aucun des membres décrits par Saint Paul, ou plutôt je voulais me reconnaître en tous… La Charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église avait un coeur…ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’amour ! » Or un des deux termes importants de cette découverte est le mot « vocation ».

Qu’est-ce que l’Église ? Elle est un peuple convoqué et rassemblé par le Seigneur pour répondre à l’appel (vocatio) de l’amour de Dieu. Les états de vie dans l’Église sont tous des réponses à l’appel universel de communiquer l’amour du Père révélé par le Christ. L’origine de l’Église est en Dieu.

L’Église n’est pas la résultante de désirs ou de projets humains pour accomplir un but déterminé, social ou philanthropique. Elle n’est pas une start-up, une association loi 1901, une sorte d’ONU chrétienne… En fait, elle n’a pas été instituée par les hommes. Elle a été instituée par le Christ. C’est ce qui la rend si singulière et en agace beaucoup. Car le coeur de l’Église dont parle Ste Thérèse n’est pas d’abord chez les hommes mais en Dieu. Certains (même en son sein) aimeraient bien la faire disparaître ou bien la changer de telle manière qu’elle ne les gêne plus et qu’elle obéisse enfin aux injonctions de ce monde-ci. D’ailleurs, ce dernier accepte de garder les apparences les plus doucereuses du christianisme (ça fait bien) à la condition expresse que Dieu soit limité et fini aux seuls horizons humains où, grâce à un jeu de miroirs illusoire, l’homme s’adore lui-même comme un petit dieu. Dieu sans la religion (ou sans l’Eglise) ou Dieu avec une religion et une église à la petite mesure de l’homme, l’un comme l’autre sont des manipulations où Dieu devient finalement un exclu, un oublié.

Mystère de foi, l’Église est en même temps une réalité humaine. Vivant de l’Esprit de Dieu, elle est visible aux yeux des hommes. Le Christ l’a pourvue d’institutions qui sont liées à sa nature même, comme l’Ecriture Sainte, les sacrements, les ministères ordonnés. Sa vitalité dépend aussi de la manière dont les chrétiens vivent leur appartenance au Christ et à l’Église. Elle subit la trahison et les vicissitudes des péchés de ses membres et elle est lumineuse des actes d’amour de ses enfants. Corps du Christ, Peuple de Dieu, elle n’est pas une société close sur elle-même. Elle est comme un sacrement, car, en se faisant messagère de l’amour de Dieu, elle permet à chacun d’avoir accès à la source même du salut : le coeur du Christ qui ne fait qu’un avec celui de l’Église, son épouse, dans lequel Ste Thérèse de l’Enfant Jésus avait trouvé pour l’éternité la place et l’amour qu’elle désirait tant.

P. Dominique Blot


septembre 2019

« Résister au krach spirituel de notre temps »

En cette rentrée paroissiale, vous sont proposés des moyens pour résister à l’atrophie spirituelle propre à notre temps et qui contamine aussi les chrétiens, s’ils n’y prennent pas garde. Beaucoup d’entre vous ont une vie de foi qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Voilà pourquoi des moyens vous sont proposés pour trouver des éclaircissements qui viennent de l’Esprit-Saint, de l’immense tradition spirituelle de l’Eglise mais aussi de la communauté paroissiale car nous devons nous aider les uns les autres.

Cette année, vous est proposé L’atelier des saints ordinaires. Bon nombre d’interrogations viennent d’un combat (parfois éprouvant) entre la vie quotidienne du chrétien et sa vie de foi. L’atelier des saints ordinaires veut être une réponse, dans l’Esprit Saint, pour que chacun redécouvre la grâce qui lui est propre et trouve des réponses à des problèmes concrets de la vie de tous les jours. Ensuite, une session Evangile et Peinture est organisée pour découvrir que chacun est capable d’exprimer le mystère de la rencontre de Dieu avec l’homme dans les scènes évangéliques. Enfin, une formation sur la spiritualité salésienne sera donnée : Saint François de Sales est le premier à avoir, en nos temps modernes, enseigné une spiritualité du laïcat car la vie spirituelle est pour tous et n’est pas réservée à des seuls initiés. Saint Vincent de Paul l’avait bien compris, lui qui demandait aux premières Dames de la Charité de lire l’oeuvre de son ami, l’« Introduction à la vie dévote ».

Le chrétien ne peut pas vivre et penser selon les codes de la culture dominante actuelle. « La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien ne pourra lui être comparé. » prophétisait C. Baudelaire, en 1908. Actuellement, toutes les crises éclatent simultanément – culturelle, environnementale, économique, politique, morale, spirituelle – et nos

contemporains ne savent plus à qui s’adresser, à qui faire confiance, parce qu’ils ont perdu foi en Dieu et dans la vérité, alors qu’ils jouissent de facilités matérielles dont n’auraient pas même pas rêvé nos anciens. Quel paradoxe ! La culture actuelle veut aseptiser nos consciences. L’exploitation et la manipulation outrancière du vivant deviennent une chose communément admise. La PMA pour engendrer des enfants sans père va être légalisée sans troubler autrement des esprits narcissiques qui ne voient pas au-delà de leur petit « bien-être ».

Le christianisme, c’est-à-dire le Christ, reste un guide sûr pour chacun et au-delà pour la société. Il nous apprendra toujours à passer d’une vie sous le regard des codes culturels actuels à une vie sous le regard de Dieu. Jamais la tentation est aussi grande de s’évader, de se divertir, de se mentir à soi-même. Le Christ nous éclaire au contraire sur notre responsabilité individuelle et collective à bien cerner le mal à l’oeuvre et à redonner à l’homme sa véritable dignité. L’homme est grand quand il sait reconnaître sa misère devant le Dieu miséricordieux, qu’il ne peut pas tout et qu’il doit accueillir la grâce du salut qui le libère de ses chimères.

P. Dominique Blot


juillet 2019

« L’été, le temps de l’amitié »

Nous aspirons tous, au cours de l’été, à vivre un temps différent, un temps de repos au cours duquel nous voulons vivre autrement avec nos proches. La période de l’été est celle où nous aimons nous retrouver en famille et entre amis. Nous rêvons tous de belles soirées dans le jardin à converser autour d’une bonne table ou d’un bon verre de vin ou de bière, temps où nous aurons fait l’effort de fermer portable, télévision, réseaux sociaux, enfin tout ce qui nous empêche d’avoir des relations vraies et simples.

Tous les saints ont développé des amitiés durables. Les exemples sont à foison, à commencer par notre saint local préféré, saint Vincent de Paul qui va lier une amitié profonde avec saint François de Sales, évêque de Genève. La première rencontre entre les deux hommes sera le 11 novembre 1618, près d’un an après le départ de monsieur Vincent de Châtillon-les-Dombes et elle lui apporta tellement qu’il put écrire dans une de ses lettres : « Seigneur, que vous êtes bon puisqu’en monseigneur François de Sales, votre créature, il y a tant de douceur. » En fait, Vincent de Paul connaissait depuis bien des années le livre de François de Sales, déjà un best-seller pour l’époque, l’introduction à la vie dévote dont la lecture figurait dans le règlement de la première confrérie de Charité fondée à Châtillon. Dès les premiers mots échangés, Vincent découvrit que François de Sales vivait ce qu’il avait écrit. La complicité spirituelle entre les deux hommes n’en fut que plus grande. Cela vérifie une loi toute simple : une amitié qui fait grandir l’âme est vraie lorsqu’elle fait découvrir une possibilité nouvelle de devenir meilleur au contact de l’autre.

François de Sales discerne nettement l’amitié de convoitise et l’amitié de bienveillance. La première, il l’appelle encore amitié vaine ou mondaine. Elle est faite de paroles emmiellées et de regards affectés et notre auteur d’ajouter : Cette amitié mondaine trouble le jugement, en sorte que ceux qui en sont atteints pensent bien faire en mal faisant. C’est un amour de paille. Elle est même ennemie de Dieu. La véritable amitié, saint Paul l’appelle le lien de la perfection. Elle est éternelle. Par exemple, la mort va rompre tous les liens entre les époux, sauf leur amitié qui est éternelle car Dieu en est son fondement. Pour le chrétien, elle vise à conduire l’autre au Ciel, c’est-à-dire à lui faire découvrir qu’il est créé pour Dieu et le bonheur. Elle communique une espérance et une sagesse. Elle ne connaît pas la jalousie et se réjouit des joies de l’autre. Elle ignore la séparation mais elle est cependant une recherche mutuelle de présence. Voilà pourquoi il faut profiter de l’été pour entretenir l’amitié dans la gratuité du temps donné, l’amitié avec Dieu, l’amitié avec nos amis.

Le secret de la vie chrétienne est une amitié avec le Christ. Je ne vous appelle plus serviteurs mais mes amis. L’amitié dépend des efforts pour être disponible à l’autre. Quels sont ceux que je vais mettre en oeuvre pour être disponible à ceux qui sont mes amis, le Christ en premier ? C’est un vrai choix de vie.

P. Dominique Blot